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  • Quand l’observation locale fait avancer l’hydrologie

    Modéliser une rivière sans stations de mesure: comment la science citoyenne et un peu de créativité transforment l’hydrologie L’un des principaux défis de l’hydrologie contemporaine est que la majorité des rivières dans le monde ne disposent pas de stations de jaugeage permettant de mesurer le débit de manière continue . De nombreux hydrologues reconnaissent que les données de débit continu sont très limitées en dehors de réseaux de mesure bien développés. Cette situation a historiquement motivé des initiatives internationales telles que la Decade on Prediction in Ungauged Basins  (PUB) de l’International Association of Hydrological Sciences (IAHS), lancée précisément parce qu’une part importante des bassins versants du monde ne dispose pas des mesures continues nécessaires à l’application des méthodes classiques de prévision hydrologique. Sans données de débit, anticiper les inondations, comprendre les sécheresses ou évaluer les effets du changement climatique devient un défi majeur. Une étude récente, Value of water level class observations for parameter set selection in hydrological modelling  (Clerc-Schwarzenbach et al., 2025), propose une alternative puissante : combiner des observations citoyennes simples avec des estimations hydrologiques approximatives pour calibrer des modèles dans des bassins pauvres en données. Et cela ne fonctionne pas seulement — cela fonctionne étonnamment bien. Quand il n’y a pas de données… mais qu’il y a des personnes L’étude analyse les water level class observations  (WLC), des observations simples dans lesquelles des volontaires notent la montée ou la baisse du niveau de l’eau à l’aide d’une échelle visuelle. Elles ne fournissent pas un débit exact, mais capturent l’essentiel : la dynamique, le rythme avec lequel la rivière « respire » au fil du temps. Les auteurs l’expliquent clairement : « The dynamic information provided by water level classes allows to select parameter sets that better reproduce the temporal pattern of streamflow. » Autrement dit, même sans stations de mesure complètes, les observations citoyennes aident les modèles à comprendre le comportement du cours d’eau. L’étude montre également que la régularité est essentielle : « One diligent citizen scientist provided useful information, while data from many contributors were uninformative. » La valeur de l’approximation : quand un bilan hydrique remplace une station de mesure L’un des résultats les plus marquants de l’étude est qu’il n’est pas nécessaire de disposer d’une station de jaugeage formelle pour obtenir des informations utiles. À partir d’un bilan hydrique approximatif — un calcul simple de l’eau qui entre dans le bassin (précipitations) et de celle qui en sort (évaporation) — il est possible d’estimer le débit moyen annuel avec une marge d’erreur raisonnable. Même avec une forte incertitude, cette estimation améliore significativement les performances du modèle. « Providing a range would lead to improvement while not providing a value that was too restrictive. » Autrement dit, un large intervalle de débit annuel stabilise davantage le modèle qu’une valeur unique supposée « précise ». Cela a des implications majeures pour les bassins versants dépourvus de stations de mesure permanentes. Quelques mesures directes peuvent tout changer Même en l’absence de stations officielles, un bassin peut obtenir des valeurs réelles de débit grâce à des méthodes accessibles à des équipes de volontaires. Ces mesures ponctuelles sont essentielles pour transformer des niveaux d’eau en débits et affiner les modèles. Parmi les techniques efficaces : Mesure directe par flotteur : chronométrer des objets flottants sur un tronçon connu de la rivière afin d’estimer la vitesse de surface. Approximative, mais utile. Mesure par dilution au sel: une certaine quantité de sel est ajoutée et la variation de conductivité est mesurée en aval. Cette méthode permet d’estimer le débit sans entrer dans la rivière. Géoréférencer chaque mesure: l’enregistrement précis de la localisation, des photos et du contexte permet de comparer les mesures dans le temps et de construire des courbes de tarage préliminaires. Ces mesures remplacent de manière collaborative ce que ferait habituellement une station de jaugeage professionnelle. Science citoyenne + données incomplètes = hydrologie démocratique L’idée centrale de l’étude peut se résumer ainsi : « A wide range of mean annual discharge estimates would improve model performance… more informative than providing an accurate single value. » C’est une invitation à démocratiser la production de données. Il n’est plus nécessaire de disposer d’un réseau dense de stations de mesure pour produire des connaissances hydrologiques utiles. Des résultats robustes peuvent émerger de la combinaison de sources imparfaites : capteurs HOBO, observateurs citoyens engagés, quelques mesures directes de débit, un bilan hydrique approximatif, et l’appui de données de télédétection. Ensemble, ces éléments permettent de produire des connaissances hydrologiques pertinentes, même dans des bassins historiquement négligés. Justice climatique : pourquoi collecter des données est aussi un acte d’équité Les régions disposant de peu de stations de mesure sont souvent celles qui subissent le plus fortement les effets de la crise climatique : crues soudaines, sécheresses sévères, évolution des glaciers ou événements extrêmes. Sans données, les communautés disposent de moins de moyens pour argumenter, planifier, négocier ou accéder à des financements. Collecter des données — même simples, même approximatives — est une manière de réduire ces inégalités. Cela permet aux communautés de : mieux comprendre leurs rivières, documenter les impacts qu’elles subissent, négocier sur la base d’informations étayées, et participer activement aux décisions liées à l’eau. Dans ce sens, la science citoyenne et le suivi participatif comblent le vide laissé par l’absence historique de stations officielles. Ce sont des outils d’autonomisation, d’adaptation et de justice climatique. Il ne s’agit pas seulement de science, mais d’équité entre régions de montagne confrontées à de nouvelles dynamiques climatiques. Rejoignez le réseau HIDROCLIM pour produire collectivement des données sur les rivières à El Chaltén ! Source: Clerc-Schwarzenbach, F., Seibert, J., Vis, M. J. P., & van Meerveld, H. J. (2025). Value of water level class observations for parameter set selection in hydrological modelling . Hydrological Sciences Journal , 70(9), 1464–1480. https://doi.org/10.1080/02626667.2025.2489994

  • Une science à impact local: le travail de Daniela Schmidt sur les GLOF à El Chaltén.

    Dans cette édition du blog, nous interviewons Daniela Schmidt , doctorante à la Faculté des Sciences Exactes et Naturelles de l’Université de Buenos Aires (UBA), qui étudie les processus de vidange brutale de lacs glaciaires (GLOF – Glacial Lake Outburst Flood )  à la Laguna Torre . Daniela partage les avancées de sa thèse, ce que l’on sait aujourd’hui des mécanismes qui déclenchent ces événements soudains, et la manière dont ils sont modélisés dans un territoire qui évolue rapidement sous l’effet du recul glaciaire. Nous abordons également le rôle central que peuvent jouer les observations citoyennes via HidroClim , en particulier dans les bassins versants disposant de peu de données historiques : de simples relevés du niveau de l’eau et de l’état des rivières peuvent améliorer de manière significative la compréhension et la modélisation d’événements extrêmes tels que les GLOF. Peux-tu nous dire qui tu es et pourquoi tu as choisi d’étudier les GLOF à El Chaltén ? Je m’appelle Daniela Schmidt, je suis géologue et je réalise actuellement un doctorat à la Faculté des Sciences Exactes et Naturelles de l’Université de Buenos Aires, avec une bourse du CONICET. Mes recherches portent sur le risque géologique associé aux GLOF, et plus particulièrement sur un possible débordement du lac Torre et ses impacts potentiels sur la localité d’El Chaltén. J’ai choisi d’étudier le risque de GLOF à El Chaltén parce que je voulais que mon travail ait une utilité au-delà du seul « savoir scientifique ». Je souhaite que mes recherches puissent aider les populations locales, leur apporter des informations leur permettant de mieux comprendre la nature et de se préparer face aux aléas susceptibles de les affecter au quotidien. En quoi consiste ta thèse de doctorat ? Ma thèse de doctorat porte sur l’analyse du risque géologique associé à un éventuel GLOF du lac Torre et à son impact sur la localité d’El Chaltén ainsi que sur les sentiers touristiques. Plus précisément, j’étudie comment le glissement de terrain actif sur le versant nord du Cerro Solo pourrait entraîner l’entrée de grands volumes de matériaux dans le lac, provoquant un débordement brutal et une crue torrentielle en aval. La préoccupation concernant un potentiel GLOF du lac Torre est apparue en 2015, lorsque le professeur Winocur, mon directeur de thèse, et ses collaborateurs ont identifié un glissement de terrain actif sur le versant nord du Cerro Solo. À l’époque, le groupe de recherche n’a pas obtenu les financements nécessaires pour poursuivre l’étude. Cependant, constatant la poursuite de l’activité du versant, nous avons présenté en 2021 un projet de recherche qui m’a permis de développer ma thèse sur cette thématique. Comment ton travail s’articule-t-il avec le suivi et la gestion des risques liés aux glaciers et aux lacs proglaciaires ? L’objectif final de ma thèse est d’évaluer le risque associé au glissement de terrain du versant nord du Cerro Solo, qui pourrait libérer de grands volumes d’eau dans la rivière Fitz Roy et provoquer une inondation majeure en aval. Pour suivre l’évolution du versant depuis Buenos Aires, j’utilise des images satellites Sentinel-2A, mises à jour tous les 3 à 4 jours. Il ne s’agit toutefois pas d’un suivi en temps réel, car les changements observés se sont déjà produits au moment où ils sont détectés. Dans le cadre de ma thèse, deux caméras automatiques ont également été installées dans la zone depuis novembre 2022 : l’une surveille le versant du Cerro Solo et l’autre celui du Cerro Techado Negro. Ces caméras ne transmettent pas les données en temps réel ; les informations doivent être récupérées environ tous les six mois, parfois avec l’aide de l’équipe de l’IANIGLA. Les photographies permettent d’observer l’évolution des versants, leurs mouvements et les facteurs déclencheurs tels que la fonte de la neige, les précipitations ou l’infiltration de l’eau. Par ailleurs, j’ai réalisé trois campagnes de terrain qui ont permis de mesurer directement l’évolution des fissures, des escarpements et d’autres indices d’instabilité. Au cours des trois dernières années, le versant du Cerro Solo a montré une forte activité, avec des chutes de blocs, des glissements superficiels impliquant à la fois des matériaux morainiques et des zones boisées, ainsi qu’une propagation de « l’escarpement incipient ». En ce qui concerne la gestion du risque de GLOF, bien que l’un des objectifs de ma thèse soit de proposer des mesures de mitigation, de préparation et d’alerte précoce, ce sont les organismes gouvernementaux qui prennent les décisions finales en matière de gestion du risque. Quels sont les principaux résultats obtenus jusqu’à présent concernant le risque de GLOF ? Selon les deux scénarios de modélisation des inondations proposés, le secteur sud d’El Chaltén serait le plus touché, avec des impacts significatifs sur la route provinciale 41 et sur le pont traversant la rivière Fitz Roy à l’entrée de la ville, deux infrastructures clés pour l’arrivée d’une aide extérieure en cas d’inondation. Dans le périmètre du Parc National, le camping De Agostini et certains tronçons du sentier menant au lac Torre seraient également affectés. Ces résultats ont été communiqués dans un rapport et lors d’une présentation aux autorités des Parcs Nationaux en avril de cette année. Le secteur nord de la rivière Fitz Roy, où se concentrent la majorité de la population, des touristes et des infrastructures importantes, ne serait pas fortement affecté dans ces scénarios. Toutefois, les deux modèles ne considèrent que des inondations à « eau claire », c’est-à-dire uniquement le volume d’eau mobilisé lors d’un GLOF, sans tenir compte des arbres, des blocs ou des sédiments transportés. Un modèle plus réaliste doit intégrer ces éléments, car ils peuvent aggraver considérablement les impacts. C’est précisément ce sur quoi nous travaillons actuellement. Quels changements récents dans la dynamique glaciaire ou hydrologique peuvent influencer le risque ? L’analyse des images satellites et des photographies de terrain montre que la perte de glace du glacier Torre s’est accélérée ces dernières années, doublant la vitesse de retrait par rapport aux périodes précédentes. Au cours des 57 dernières années, le glacier a perdu environ 4 km² de surface et son front a reculé d’environ 900 mètres. Cette situation accroît le risque de GLOF, car les versants auparavant soutenus par la glace sont désormais en contact direct avec l’eau du lac. Parallèlement, la taille du lac Torre a considérablement augmenté, ce qui suggère qu’un éventuel GLOF pourrait mobiliser un volume d’eau plus important. Quelles sont les principales incertitudes ou lacunes d’information ? Il n’existe pas de données continues sur le niveau du lac Torre ni sur le débit de la rivière Fitz Roy. De plus, il n’y a pas de système de surveillance en temps réel du versant du Cerro Solo, ni de données précises et actualisées sur la vulnérabilité de la population locale. Quels types de données ou de systèmes de suivi seraient nécessaires ? L’installation de capteurs de niveau d’eau, de stations météorologiques et sismologiques, ainsi que de systèmes de surveillance des versants (inclinomètres, extensomètres, piézomètres) serait essentielle, le tout intégré dans un système d’alerte précoce . Comment les données hydrologiques d’HidroClim peuvent-elles contribuer à réduire les incertitudes ? Les données continues sur la hauteur d’eau et le débit de la rivière Fitz Roy sont indispensables pour établir des conditions de référence et produire des scénarios de GLOF plus réalistes. Comment l’information hydrologique peut-elle améliorer la prévention et la planification locale ? Elle permet d’identifier des zones d’évacuation, des itinéraires sûrs et de planifier des mesures de gestion des risques adaptées aux variations saisonnières et aux événements extrêmes. Quels défis poses le travail dans des zones glaciaires isolées ? L’accès difficile, l’absence de données en temps réel et les coûts élevés des systèmes de transmission constituent les principaux défis. Quel rôle peut jouer la participation communautaire ? Les guides et les habitants peuvent collecter des données simples sur le niveau de l’eau et l’état des rivières, contribuant ainsi à améliorer les modèles scientifiques et la gestion locale des risques. Nous remercions tout particulièrement Daniela Schmidt  pour sa grande disponibilité et sa générosité dans le partage de son travail.

  • Montagnes en transition : lire l’eau pour anticiper les risques

    Glissements de terrain, glaciers et rivières dans le secteur nord du parc national Los Glaciares Dans les paysages de haute montagne, nous pensons souvent le risque comme quelque chose de soudain : un versant qui cède, un éboulement, une route coupée. Pourtant, derrière chaque glissement de terrain se cache une longue histoire, écrite lentement par l’eau, la glace et la gravité. Dans le secteur nord du parc national Los Glaciares, en Patagonie australe, cette histoire s’accélère. En 2024, le Laboratoire de géomatique andine de l’IANIGLA analyse dans la revue Quaternary International  comment le recul des glaciers et la réorganisation du système hydrologique conditionnent la susceptibilité aux glissements de terrain. Le message est clair : là où l’eau a été, est passée ou continue de circuler, le terrain est aujourd’hui plus fragile. Un territoire façonné par l’eau et la glace La zone d’étude se situe dans le secteur nord du parc national Los Glaciares, une région dominée par l’influence directe du champ de glace patagonien sud. Des rivières comme le río de las Vueltas y prennent naissance, des lacs proglaciaires comme Torre et del Desierto s’y développent, et de vastes dépôts morainiques y sont présents. Les auteurs décrivent ce paysage comme hautement dynamique : « La région se caractérise par une interaction complexe entre glaciers actuels, glaciers en recul, rivières proglaciaires et dépôts morainiques. » À El Chaltén, il ne s’agit pas d’un système stable, mais d’un territoire qui se réorganise en permanence à mesure que la glace se retire et que l’eau cherche de nouveaux chemins. Le recul glaciaire comme point de départ L’un des axes conceptuels de l’étude est que les glaciers ne sont pas seulement des réserves d’eau, mais aussi des structures qui soutiennent le paysage. Lorsqu’un glacier recule, il laisse derrière lui des pentes raides, des sédiments meubles et des surfaces non consolidées. L’article l’exprime clairement : « Le recul glaciaire produit des pentes surraides et expose des matériaux non consolidés, augmentant la prédisposition aux glissements de terrain. » Ce processus crée ce que l’on pourrait appeler des héritages instables : des lieux qui ne cèdent pas immédiatement, mais qui sont prêts à le faire lorsqu’un facteur déclencheur intervient, comme une pluie intense, une crue ou une augmentation de la fonte saisonnière. Le rôle silencieux de l’eau Bien que l’étude n’analyse pas les événements de précipitations extrêmes, l’eau est présente dans presque tous les facteurs qui augmentent la susceptibilité aux glissements de terrain. Les zones les plus vulnérables coïncident avec : des moraines internes et latérales des dépôts glaciofluviaux des matériaux quaternaires peu consolidés des zones de transition entre glace, eau et sol À propos de ces matériaux, les auteurs précisent : « Les dépôts quaternaires dominants sont composés de blocs, de graviers et de sables faiblement consolidés. » Du point de vue hydrologique, cela est fondamental. Ce sont des matériaux qui absorbent et transmettent facilement l’eau, réduisant la friction interne et favorisant le mouvement sur les pentes. L’eau ne déclenche pas toujours le glissement, mais elle prépare le terrain. Analyse détaillée (1) L’étude montre également que, dans certains cas, la végétation peut accroître l’instabilité en ajoutant du poids sur la pente et en facilitant l’infiltration profonde de l’eau, ce qui augmente la pression interne du sol. À cela s’ajoute l’héritage glaciaire : les pentes supérieures à 30° exercent une contrainte particulièrement forte sur les sédiments glaciaires quaternaires, des matériaux meubles et peu consolidés. L’orientation des versants joue aussi un rôle : les différences de rayonnement solaire génèrent des cycles thermiques qui fragilisent les matériaux, et dans la zone étudiée, les versants orientés au sud montrent une plus forte association avec les glissements de terrain, probablement en raison de la présence de moraines instables. Enfin, la forme du relief est déterminante : les versants concaves fonctionnent comme des zones d’accumulation de l’eau et des sédiments, rendant le sol plus susceptible au mouvement. Ensemble, ces facteurs renforcent une idée centrale de l’étude : l’eau n’érode pas seulement en surface, elle déstabilise aussi le paysage de l’intérieur. Un contraste révélateur : quand la rivière stabilise L’un des apports les plus intéressants de l’étude est de montrer que toute proximité à l’eau n’implique pas nécessairement un risque accru. Dans le fond de la vallée du río de las Vueltas, par exemple, la susceptibilité est faible. « Dans la zone centrale de la vallée du río Las Vueltas, les conditions ne sont pas favorables aux glissements de terrain, car il s’agit d’une plaine d’inondation aux pentes douces. » Ici, l’eau joue un autre rôle : elle transporte des sédiments fins, réduit les pentes et redistribue l’énergie. Dans cette perspective, le problème en matière de gestion des risques réside dans la manière dont l’eau circule et dans les matériaux qu’elle traverse. Comment la susceptibilité aux glissements de terrain est étudiée Pour analyser ces dynamiques, l’étude utilise une approche statistique connue sous le nom de modèle du rapport de fréquence (frequency ratio model, FRM). Il est important de la comprendre, car il s’agit d’un outil largement utilisé dans les études de bassins versants et de montagne. En termes simples, la méthode répond à une question : où les glissements de terrain se sont-ils produits dans le passé et quelles conditions caractérisaient ces lieux ? Le processus comprend : l’inventaire des glissements de terrain connus la définition des facteurs conditionnants l’évaluation statistique de l’association entre ces facteurs et les glissements la production d’une carte de susceptibilité Dans l’étude, les facteurs pris en compte sont la pente, l’altitude, l’orientation, la lithologie, la géomorphologie, la couverture du sol et la distance aux éléments structuraux. La géomorphologie — c’est-à-dire les formes du relief — s’est révélée être le facteur le plus influent. Résultats : une carte qui anticipe Le modèle a permis de classer le territoire en différentes catégories de susceptibilité. Les zones de susceptibilité élevée et très élevée se concentrent dans : les zones récemment déglacées les moraines internes les versants raides composés de matériaux meubles La qualité du modèle a été évaluée statistiquement : « La valeur de l’AUC obtenue est supérieure à 0,8, ce qui indique de bonnes performances prédictives du modèle. » Cela signifie que la carte n’est pas seulement descriptive : elle possède une réelle capacité d’anticipation des zones à risque, ce qui est essentiel pour l’aménagement du territoire et la planification. « Dans des scénarios de changement climatique, les résultats de ce travail peuvent contribuer à réduire la vulnérabilité et à atténuer les risques. » À mesure que les glaciers continuent de reculer, les surfaces exposées augmenteront, les flux d’eau changeront et les conditions de stabilité seront modifiées. Dans ce sens, les glissements de terrain ne sont pas des anomalies : ils sont l’expression d’un réajustement du système. Cette carte montre la susceptibilité aux glissements de terrain dans le secteur nord du parc national Los Glaciares. Les couleurs n’indiquent pas des événements déjà survenus, mais la probabilité relative qu’un glissement se produise, en fonction des conditions du terrain. Les zones de susceptibilité élevée et très élevée se concentrent sur des versants abrupts, des moraines internes et des zones récemment libérées par le recul des glaciers. Des sédiments meubles — graviers, sables et blocs — y prédominent, très sensibles à l’infiltration de l’eau. En revanche, le fond de la vallée du río de las Vueltas présente une faible susceptibilité. Malgré la présence constante de l’eau, il s’agit d’une plaine d’inondation à pentes douces, où les processus fluviaux tendent à stabiliser le terrain. Par ailleurs, un résultat qui peut sembler surprenant à première vue est la forte association des zones planes avec les glissements de terrain. Toutefois, l’étude précise que cela ne signifie pas que les glissements prennent naissance sur des terrains plats. L’explication est méthodologique : l’inventaire utilisé inclut non seulement les cicatrices où le mouvement débute, mais aussi les zones où les matériaux se déposent après le glissement. Dans les paysages de montagne, ces dépôts s’accumulent souvent dans des secteurs plus plats, comme les fonds de vallée ou les terrasses fluviales. Cette précision est essentielle pour interpréter correctement la carte : elle montre que les modèles ne « échouent » pas, mais reflètent la manière et les lieux où les matériaux se sont finalement déplacés. Lire ces cartes suppose donc de comprendre non seulement le terrain, mais aussi le type d’observations intégrées à l’analyse. Mesurer est aussi une forme de justice Les régions de montagne avec glaciers sont souvent éloignées et peu instrumentées, alors même qu’elles sont cruciales pour l’approvisionnement en eau. Cartographier les risques, comprendre les processus et produire des données est une manière de ne pas laisser ces territoires hors de la carte. Les glissements de terrain ne sont pas de simples accidents géologiques. Ils sont la conséquence visible d’un territoire où l’eau a changé de place. Les comprendre nécessite de considérer le paysage comme un système vivant, où rivières, glaciers et versants dialoguent en permanence. La gestion des risques climatiques émergents est une nécessité pour tous les écosystèmes de montagne. Rejoignez le réseau HidroClim pour contribuer à la collecte de données utiles à la gestion des risques climatiques à El Chaltén !

  • Promouvoir la coopération locale-internationale pour la gestion des écosystèmes post-glaciaires.

    Mountain Social-Ecological Futures Workshop. © Mountain Research Iniciative (MRI) Boana vise à créer et renforcer les liens entre la communauté d'El Chaltén et la communauté internationale. Afin de promouvoir les échanges entre les connaissances scientifiques et la gestion participative des zones protégées, Boana participe à des événements et groupes de travail identifiant des outils de gestion innovants. Objectifs du Mountain Socio-Ecological Working Group Le 21 juin 2024, Marie Anière Martinez, co-fondatrice de Boana, s'est rendu à Davos afin de participer à un atelier de recherche sur les écosystèmes post-glaciaires organisé par le groupe de travail Mountain Social-Ecological Futures . Cet événement s'est tenu dans le cadre du 3ème Forum mondial de la biodiversité , dont le thème central était le passage de la « Science à l'Action ». Le groupe de travail rassemble des chercheurs définissant un programme de recherche global et fondé sur des connaissances locales applicables à ces espaces émergents. Le groupe de travail fait partie de l'Initiative de recherche sur la montagne (MRI). Les productions scientifiques adoptent une approche innovante, intégrant le renouvellement des récits sur la déglaciation et l'identification des connaissances émergentes sur les systèmes de surveillance des zones en déglaciation. Dans ce cadre, le groupe de travail a invité 18 participants de 13 pays à Davos, en Suisse, pour échanger des expériences locales et connaissances scientifiques sur l'utilisation des terres et de l'eau dans des contextes de déglaciation. Futures Studies et écosystèmes de montagne Durant l'atelier, les participants ont échangé autour des Futures Studies (études prospectives) et de leur application potentielle à la gestion des espaces émergents. Les Futures Studies sont « l'étude systématique des futurs possibles, probables et préférés, y compris les visions du monde et les mythes qui sous-tendent chaque futur ». Les Futures Studies ne reposent pas uniquement sur l'analyse et la projection des tendances actuelles et observées. Les chercheurs prêtent attention a ux tendances fondamentales (socio-économiques, politiques) et aux signaux fragiles, fragmentés et émergents. En outre, les études prospectives mettent en évidence les possibilités offertes pour chaque territoire en fonction des changements de trajectoire. « Au lieu de renforcer l'esprit de désespoir et de s'abandonner à un avenir déjà connu et prédéterminé, elles encouragent les personnes et les organisations à une prise de conscience systématique et coopérative et à un travail en réseau pour atteindre leurs idéaux et réaliser leurs visions qui indiquent l'avenir qu'elles souhaitent ». La création de scénarios et l'identification des futurs souhaitables pour les communautés de montagne sont essentielles pour éviter de générer des écarts d'adaptation et d'aggraver les inégalités entre les territoires. De plus, les résultats des études prospectives peuvent fournir des connaissances utiles pour la visualisation des trajectoires de développement local . Nouveaux défis pour la caractérisation de la Valeur Universelle Exceptionnelle du site À El Chaltén, Boana identifie comme mesure prioritaire l'évaluation des vulnérabilités climatiques et non climatiques à l'échelle du site, afin d'identifier les principales interactions entre facteurs climatiques et non climatiques . Cette mesure implique la synthèse des connaissances scientifiques locales actuellement disponibles comme condition préalable pour l'identification des vides informationnels. De plus, nous soulignons l'importance de l 'identification participative des questions de recherche scientifique, afin d'intégrer le processus d'adaptation dans les besoins prioritaires de gestion de l'aire protégée. Localement, la transition vers des écosystèmes post-glaciaires implique (1) la modification de la description de la valeur du site universel exceptionnel (2) l'émergence de nouveaux besoins de suivi des risques émergents et des refuges climatiques, (3) la création de mécanismes de gouvernance de l'eau et l'investissement dans des systèmes de surveillance participatifs (4) et la nécessité d'une r econceptualisation juridique du nouveau cycle de fonte des glaces induit par l'homme, en relation avec les catégories de zones protégées et les principes de gestion Source-to-Sea (de la source à l'océan). Encourager les échanges entre la science, les politiques publiques et la communauté. L'élaboration de scénarios de gestion des zones protégées et de trajectoires de développement est une priorité pour comprendre les impacts à long terme des décisions prises dans le présent. Afin de préserver les écosystèmes de la Patagonie Australe, Boana continuera à développer des partenariats pour l'identification d'outils et méthodologies utiles pour la gestion des aires protégées. L'échange d'expériences entre les communautés de montagne du monde entier nous permet de créer des stratégies communes et d'éviter d'approfondir les inégaleités d'adaptation entre les territoires. Le MRI souligne que « le principal résultat de ces efforts sera la formation d'une communauté informée axée sur l'avenir des montagnes. Cette communauté s'engagera dans une variété d'activités, y compris la synthèse des connaissances actuelles sur l'avenir des montagnes, l'échange d'approches et de méthodes pour relever ces défis, et la promotion d'initiatives visant à anticiper les changements dans les montagnes et à améliorer la capacité d'adaptation des communautés locales ». Boana remercie le MRI pour l'organisation de cet événement et l'opportunité d'intégrer les défis de gestion d'El Chaltén dans un programme de recherche global sur les écosystèmes post-glaciaires.

  • Nous recrutons un.e stagiaire !

    Vous cherchez une expérience formatrice et cherchez aussi à vous engager dans une association ? Vous vous intéressez aux enjeux de coopération intermationale pour la justice sociale et environnementale ? Et si vous nous rejoigniez pour une mission de stage de 2 mois en appui à la recherche de partenariats et à la communication ? Sous la responsabilité de la co-fondatrice et en lien direct avec les autres membres du bureau de Boana, le/la stagiaire participe au développement des projets par la recherche d’opportunités de partenariats, d’appels à projets, et en appui la production de supports de communication annuelle des résultats et impacts des projets. Plus de détails sur la mission de stage dans l'offre de stage, à télécharger ici : Date limite de réception des candidatures : 20 Juin 2024. Pour posulter, veuillez remplir ce questionnaire et envoyer votre CV à l’adresse boana.pro@gmail.com avec en objet “Candidature stage - NOM Prenom”

  • Nous recevons Gabriela Lenzano, glaciologue à IANIGLA, pour un échange de vues entre la science et les usagers de la montagne sur l'évolution locale des glaciers liée au changement climatique.

    Pour la fin de la saison touristique dans notre belle ville, nous accueillons Gabriela Lenzano, glaciologue de l'IANIGLA, avec le soutien de l'IACS (International Association of Cryospheric Sciences). Nous invitons la communauté à participer à la conférence le dimanche 7 avril, à 19 heures, à Chaltén Suites. Comment les données scientifiques peuvent-elles être utilisées pour l'application des connaissances par les usagers de la montagne ? Comment les observations des usagers de la montagne et la modélisation scientifique peuvent-elles interagir ? Comment les pratiques de l'alpinisme évoluent-elles face aux nouveaux défis climatiques mondiaux ? Telles sont quelques-unes des questions que nous poserons avec Gabriela Lenzano et sous la modération de Marie Anière Martinez, présidente de l'association Boana. Programme: ATELIER 1 Dialogues entre la science et la communauté : Dans cet atelier participatif, nous identifierons les possibilités d'adaptation au changement climatique dans la zone nord du parc. Dans la première partie de l'atelier, nous ferons le tour des bonnes pratiques d'adaptation et les illustrerons par des exemples. Dans la seconde partie, nous organiserons des tables rondes avec les participants sur les thèmes centraux de l'adaptation au changement climatique. Les écosystèmes postglaciaires et les eaux de fonte : à quoi ressemblent les paysages avec des débits annuels de 10 gigatonnes ? Risques de glissements de terrain dans la zone nord : comparaison des cartes de glissements de terrain de la zone nord avec les observations sur le terrain. Économie du tourisme et adaptation au changement climatique : les défis de la diversification, du tourisme lent et de la planification locale. ATELIER 2 Dans ce deuxième atelier, nous échangerons sur les perceptions, les observations et les émotions en tant que moteurs de l'action écologique. Nous soulignerons également le rôle important des femmes dans la communauté en tant que meneuses d'initiatives de préservation de l'environnement. Nous ouvrirons le dialogue aux membres de la communauté invité.es à discuter du leadership environnemental et de propositions collectives. A propos de la chercheuse Gabriela Lenzano : Le Dr. M. Gabriela Lenzano a plus de 18 ans d'expérience de recherche interdisciplinaire dans le domaine de la glaciologie basée sur la science géospatiale et la technologie de l'information. Elle est actuellement responsable du Laboratoire de géomatique andine (LAGEAN) et chercheuse associée à l'Institut argentin de la neige, de la glaciologie et des sciences de l'environnement (IANIGLA) du Conseil national de la recherche scientifique et technique (CONICET, Argentine). Sa carrière s'est concentrée sur la dynamique des glaciers en Patagonie méridionale et dans les Andes centrales grâce à la détection des changements à l'aide de techniques d'exploration des données de télédétection.

  • Alerte sanitaire : la communauté se mobilise pour la préservation de l'environnement et de la santé

    Les habitants de El Chaltén, les associations environnementales locales, les soignantes du centre de santé, et les chercheurs et chercheuses du CONICET tirent la sonnette d’alarme face aux conséquences environnementales du suremballement touristique. Dans cette petite ville de Patagonie nichée dans le Parc National de Los Glaciares au pied des sommets les plus connus du monde, la communauté met en garde contre les pollutions des eaux et le développement de bactéries résistantes aux antibiotiques générées par la mauvaise gestion des eaux usées que mène l’entreprise publique SPSE. El Chaltén connaît des tensions et des défi s, car le tourisme se développe plus rapidement que la mise à niveau de ses infrastructures de base. Ce petit village du sud de la Patagonie argentine, qui offre une vue unique sur le mont Fitz Roy, est une des principales réserves d’eau douce solide de la planète et une destination touristique en plein essor. El Chaltén est situé dans le Parc National Los Glaciares et a été déclaré site Patrimoine Mondial de l'UNESCO en 1981 en raison de sa beauté spectaculaire, de son importance glaciologique et géomorphologique, ainsi que pour sa faune locale en danger d'extinction. L'un des problèmes les plus urgents auxquels est confronté El Chalten est l'état critique de sa station d'épuration. La capacité de la station a atteint ses limites et, en 2022, juste avant le début de la saison touristique estivale, des déversements de déchets non traités ont été signalés dans les rivières bordant le village. Cette situation constitue une menace sérieuse pour la santé publique et l'intégrité des masses d'eau superficielles de la région. El Chaltén se trouve à la charnière entre la promotion du tourisme durable et la nécessité de garantir la conservation de l'environnement. El Chaltén compte environ 3 000 habitant.es et accueille plus de 10 000 touristes par jour en haute saison*. Les habitant.es, le personnel de santé, les associations locales, et chercheurs et chercheuses sur place s’inquiètent de l’absence absolue de contrôle sur les pollutions des rivières Fitz Roy et Rio de las Vueltas. En effet, l'alerte sanitaire déclarée par les soignantes du centre de santé avertit de la présence de bactéries E.coli et de bactéries multirésistantes aux antibiotiques en aval de la station de traitement. Le projet de recherche “Étude de la résistance bactérienne aux antibiotiques dans les zones humides d'Argentine” développé par Soledad Dominguez et Soledad Esquius, chercheuses de l’Université Nationale de Mar del Plata, met en évidence le développement de bactéries résistantes aux antibiotiques au sein des écosystèmes aquatiques de l’aire protégée. Ces indices de présence de souches de la bactérie E.coli présentent des patrons de résistance semblables à des rivières hyper-urbanisées et fortement impactées par la présence humaine, comme des rivières bordées d’industries comme La Plata et Luján. Or ces bactéries détectées dans l'eau à la confl uence des rivières présentent un danger de développement de maladies infectieuses, un risque tant pour la santé des personnes que pour la biodiversité. Aujourd’hui, le tourisme international qui s’y rend n’est pas informé des enjeux locaux, car on veut préserver la réputation du site. Or les français sont la nationalité la plus représentée au sein de la Zone Nord du Parc National Les Glaciers, représentant 20% des visiteurs et visiteuses en 2019**. Les habitant.es empruntent la voie judiciaire pour espérer une action des autorités La communauté d'El Chaltén, préoccupée par la situation environnementale critique résultant du mauvais état de sa station d'épuration, a intenté une action collective environnementale contre Servicios Públicos Sociedad del Estado, l’entreprise publique de la Province de Santa Cruz en charge de la station d’épuration. Le recours en justice demande la cessation immédiate, urgente et définitive, la remise en état et la réparation des dommages environnementaux et de la contamination des fleuves Fitz Roy et Vueltas, situés dans le Parc National de Los Glaciares. Mais ceci n’a été possible que grâce à une alliance formidable de femmes présentes en première ligne de front de cette campagne de dénonciation. D’abord les chercheuses qui ont joué un rôle essentiel dans la construction d’un programme de suivi des eaux de l’aire protégée, ensuite les agentes de conservation du Parc, les médecins, les bénévoles de Boana, les avocates, les voisines et les voisins. Toutes employant leurs moyens et ressources pour le soin de leur communauté et de leur environnement. Le contexte politique actuel à échelle nationale renforce les incertitudes sur la gestion de ce problème de santé publique. La défense des droits environnementaux et la gestion transparente de l’eau sont en risque face aux menaces de démantèlement des Ministères de l’Environnement, et du Conseil national de la recherche scientifi que et technologique (CONICET) par le gouvernement récemment élu. De même, le désormais chef du gouvernement prône une privatisation des rivières, or l’Argentine a la main sur plus de 8.484 km² de glaciers et constitue l’une des plus grandes réserves mondiales d’eau douce, essentielle pour la planète. Le négationnisme du changement climatique, et la guerre ouverte aux mouvements écologistes alimente et rend légitimes toutes les incitations à la décrédibilisation et à la violence envers les défenseurs environnementaux d’un pays où la nature est considérée comme une ressource à privatiser, exploiter et vendre comme commodité. En tant qu’association multiculturelle, féministe, écologiste, alliées de la recherche et de la protection de la nature comme bien comum de l’Humanité nous resterons mobilisées, Communiqué de presse - Association Boana solidaires avec les mouvements citoyens et nous continuerons à nous battre pour les droits sociaux et environnementaux des personnes, pour un monde juste et pour une planète habitable et préservée. *Issu d’une estimation de l’Administration Nationale des Parcs qui relève quotidiennement le nombre de visiteurs sur place **Sgubini, P. (2018). Informe Indicadores de Sustentabilidad Turística de la Municipalidad de El Chaltén, Provincia de Santa Cruz.

  • Les glaciers brûlent - El Chaltén, Patagonie

    Les 8, 9 et 10 janvier, une centaine d'hectares de forêt ont été brûlés en quelques heures. Grâce au travail des brigadiers de l'ICE et des volontaires qui sont sur le terrain depuis 2 jours et après la mobilisation d'un avion hydrant, le feu a été maîtrisé. Il y a tout juste un an, l'équipe Boana, avec les volontaires de Chaltén et les agents du parc, réalisait des échantillonages exactement à cet endroit de la Vuelta del Huemul, de plus en plus fréquenté par les touristes, pour mesurer les signes de l'impact humain sur les eaux du parc. Aujourd'hui, cet incendie nous rappelle tristement que les écosystèmes de ce site du Patrimoine Mondial sont très vulnérables à la sécheresse (accélérée par le changement climatique) et aux impacts humains liés à l'utilisation récréative du parc. Malgré l'augmentation du tourisme à El Chaltén ces dernières années, nous ne voyons aucune mesure visant à augmenter les ressources et le budget des services de prévention et d'intervention en matière de risques dans le Parc National des Glaciers. La troisième plus grande réserve d'eau douce du monde a besoin de moyens pour être protégée #ArdenLosGlaciares Carte: André Barbosa Tavares Source: sentinel.hub.com Vues infrarouges du 2/01/23 et du 10/01/23 avant et après l'incendie. #worldheritagesite #unesco #patagonia #incendiosforestales #iucn #forestfire #brigadistasenlucha #incendies #mountainsmatter #derechosdelanaturaleza #climatechangeadaptation #rethinkingconservation

  • Qu'est-ce que le patrimoine bioculturel et pourquoi est-il essentiel d'adopter cette perspective ?

    Un cadre conceptuel qui résorbe le clivage entre nature et culture Depuis les années 1980, suite aux mises en garde des scientifiques, les autorités prennent conscience de la gravité de la situation en matière de perte de biodiversité à savoir la sixième extinction massive d'espèces désormais causée par les humains. L'histoire de ces forums internationaux sur la biodiversité montre qu'au départ, ils ne portaient que sur la propriété étatique des ressources biologiques, avant de s'étendre, sous la pression des militants indigènes et des groupes scientifiques, aux connaissances locales sur la nature. On considère toutefois cette biodiversité comme une diversité d'espèces végétales et animales qui ont évolué sur Terre, interconnectées entre elles et avec les écosystèmes dans lesquels elles vivent, sans inclure l'homme dans ce réseau d'interconnexions. La conservation de la nature est également pensée en termes d'utilité éventuelle qu'elle peut apporter à une société capitaliste et extractive de ressources. Dans les années 1990, les avancées dans le domaine des droits de l'homme des communautés autochtones, tels que les droits fonciers, les droits aux ressources traditionnelles, les droits de propriété, les droits culturels et linguistiques, ont progressivement permis de relier les diversités écologiques et les diversités culturelles. Les linguistes et les ethnologues attirent en même temps l'attention sur l'extinction rapide et dramatique des langues dans le monde, puisqu'on estime que d'ici la fin du XXIe siècle, entre 50 et 90 % des 6 900 langues actuelles auront disparu. Les territoires indigènes suscitent l'intérêt de la communauté scientifique environnementaliste critique, qui observe une relation entre les zones de conservation environnementale et les territoires indigènes. Cette recherche montre la forte corrélation entre les zones de concentration de biodiversité préservée et la présence de groupes indigènes et de diversités culturelles et linguistiques. Elle met en évidence la déconnexion des sociétés occidentales de leur environnement. Le concept de patrimoine bioculturel émerge dans le monde académique comme une grande synergie entre deux puissants mouvements sociaux contemporains mondiaux : la revendication des peuples indigènes et l'environnementalisme critique. Le concept de diversité bioculturelle est le moteur d'un domaine de la recherche qui s'appuie sur les sciences sociales, linguistiques et naturelles pour identifier les corrélations et les éventuels liens de causalité entre ces diversités, examiner les dynamiques sociales, économiques et écologiques qui les menacent et explorer les implications de la perte de la diversité bioculturelle pour la durabilité. Le patrimoine bioculturel, en tant que diversité biologique et culturelle interconnectée des communautés locales et des peuples autochtones, implique également la notion de soins collectifs. Les soins collectifs rassemblent un ensemble de connaissances écologiques locales, ainsi que des valeurs et des systèmes de croyances. Parmi les applications de ce concept figurent le développement d'approches bioculturelles de la conservation, d'instruments politiques visant à protéger les droits bioculturels, ainsi que d'outils et d'initiatives sur le terrain pour maintenir et revitaliser le patrimoine bioculturel. Dans la pratique, l'impulsion la plus importante pour la protection et le maintien de la diversité bioculturelle ne peut pas émaner des autorités par le biais de mesures descendantes, mais bien de l'action des sociétés indigènes et des communautés du monde entier dont les langues, les identités culturelles et les terres sont menacées. Références et ressources bibliographiques : A framework for exploring and managing biocultural heritage, Johan Lindholm, Anneli Ekblom Linguistic, Cultural, and Biological Diversity, Luisa Maffi Terralingua, Salt Spring Island, British Columbia V8K 2N6, Canada Biocultural Diversity Toolkit, Luisa Maffi and Ortixia Dilts: https://terralingua.org/shop/biocultural-diversity-toolkit/

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Association Boana

Association Loi du 1er Juillet 1901

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